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Méthode

⚙ AMDEC

Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité — la méthode de référence pour la fiabilité des équipements et la priorisation de la maintenance.

1Qu'est-ce que l'AMDEC

L'AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité) descend au niveau du composant : pour chaque fonction d'un équipement, elle liste systématiquement les façons dont il peut tomber en panne (modes de défaillance), leurs effets sur le système, leurs causes, et calcule un indice de criticité (IPR) combinant trois facteurs : gravité, occurrence et détectabilité.

C'est l'outil de choix pour prioriser un plan de maintenance préventive : plutôt qu'entretenir tout à l'identique, l'AMDEC identifie où l'effort doit se concentrer.

Référence normative : NF EN IEC 60812Techniques d'analyse de la fiabilité du système — Procédure d'analyse des modes de défaillance et de leurs effets (AMDE et AMDEC). La méthode est née dans l'industrie militaire et aéronautique américaine (norme MIL-STD-1629A, 1949) avant sa généralisation à l'automobile et à l'industrie de process.

2Définitions

TermeDéfinition
DéfaillanceCessation de l'aptitude d'un bien à accomplir une fonction requise (norme NF EN 13306 — maintenance). C'est l'événement : le composant cesse de remplir sa fonction.
Mode de défaillanceLa manière observable dont la défaillance se manifeste (ex. « perte de débit », « fuite », « blocage en position ouverte »). Un même composant peut avoir plusieurs modes de défaillance distincts, chacun analysé séparément.
CauseL'origine physique ou opérationnelle qui déclenche le mode de défaillance (ex. « usure », « colmatage », « défaut d'alimentation »).
EffetLa conséquence du mode de défaillance sur la fonction, le système ou l'utilisateur (ex. « arrêt de production », « alarme déclenchée »).
Une règle simple pour ne pas confondre mode et cause : le mode de défaillance répond à la question « que se passe-t-il ? », la cause répond à « pourquoi ? ».

3Avant de commencer : modéliser le système

L'AMDEC s'appuie sur un découpage préalable de l'installation en systèmes, fonctions et composants — c'est ce découpage qui donne les lignes du tableau AMDEC (un composant × une fonction × un mode de défaillance par ligne). Voir la notion transverse Modélisation de l'installation, commune à l'APR, l'HAZOP et le nœud papillon.

4Étapes de la méthode

  1. Découper le système en composants et fonctions (voir modélisation ci-dessus).
  2. Lister les modes de défaillance de chaque fonction (ex. « ne démarre pas », « fuite », « blocage »).
  3. Décrire les effets de chaque mode sur le système et son environnement.
  4. Identifier les causes possibles du mode de défaillance.
  5. Coter Gravité, Occurrence, Détectabilité et calculer l'IPR (voir sections suivantes).
  6. Définir les mesures correctrices (prévention, protection) et recoter l'IPR après mesures.
Trier le tableau par IPR décroissant révèle immédiatement les modes de défaillance à traiter en priorité — c'est l'usage le plus direct de la méthode.

5Coter le risque en AMDEC

Les principes généraux de cotation d'un risque (matrice, échelles, avant/après mesures) sont communs à toutes les méthodes — voir la notion transverse Coter un risque. L'AMDEC s'en distingue par ses trois métriques spécifiques, cotées chacune de 1 à 5 :

Métrique135
GravitéMineur — perturbation mineure, aucune blessureGrave — blessure sérieuse, arrêt prolongéCatastrophique — décès multiples, destruction
OccurrenceTrès rare — < 1 fois / 10 000 hOccasionnel — 1 fois / 100 hTrès fréquent — > 1 fois / h
DétectabilitéTrès haute — détection quasi certaine avant effetsMoyenne — détection possible mais incertaineTrès faible — non détectable avant occurrence
La Détectabilité est la seule métrique inversée : une valeur de 1 est bonne (on détecte presque toujours à temps), une valeur de 5 est mauvaise (aucun moyen de détection) — voir la section dédiée ci-dessous.

6Le paramètre Détection

La détectabilité mesure la capacité à détecter le mode de défaillance avant qu'il ne produise ses effets — pas la capacité à détecter la panne une fois survenue. C'est ce qui la rend spécifique à l'AMDEC : ni l'APR ni le nœud papillon ne l'utilisent en tant que telle, ils raisonnent en barrières.

NiveauSensMoyen de détection typique
1 — Très hauteDétection quasi certaine avant effetsCapteur continu + alarme + redondance
2 — HauteDétection probableContrôle automatique régulier
3 — MoyenneDétection possible mais incertaineContrôle périodique
4 — FaibleDifficilement détectableInspection visuelle manuelle
5 — Très faibleNon détectable avant occurrenceAucun moyen de détection
Améliorer la détectabilité est souvent le levier le plus rapide pour faire baisser l'IPR : ajouter un capteur coûte généralement moins cher et prend moins de temps que réduire l'occurrence d'une défaillance mécanique.

7L'indice de criticité (IPR)

L'IPR (Indice de Priorité du Risque, parfois appelé RPN — Risk Priority Number) se calcule par simple produit :

IPR = Gravité × Occurrence × Détectabilité

Avec trois métriques cotées de 1 à 5, l'IPR varie de 1 à 125. Le niveau qui en résulte guide la priorisation du plan de maintenance :

IPRNiveau
1 – 20Négligeable
21 – 40Mineur
41 – 60Significatif
61 – 100Critique
101 – 125Inacceptable
Un IPR modéré peut masquer un scénario grave : une Gravité de 5 avec Occurrence et Détectabilité faibles (1 chacune) donne un IPR de 5, alors que la conséquence, si elle survient, reste catastrophique. Beaucoup de démarches AMDEC ajoutent une règle complémentaire : toute ligne à Gravité maximale est revue individuellement, quel que soit l'IPR global.

8Mesures de prévention et de protection

TypeDéfinitionAgit surExemples de catégories
PréventionRéduit la probabilité que le mode de défaillance survienneOccurrenceMaintenance préventive planifiée, redondance de composant, formation des opérateurs, choix de matériaux plus résistants
ProtectionLimite ou détecte les effets une fois le mode de défaillance amorcéDétectabilité / GravitéDétection automatique (capteur + alarme), dispositif d'arrêt d'urgence, soupape de sécurité, équipement de protection individuelle (EPI)
Une mesure de prévention agit avant l'apparition du mode de défaillance, une mesure de protection agit après — le même distinguo que celui utilisé dans le nœud papillon entre barrières côté causes et barrières côté conséquences.

9Exemple traité avec EasyRisk

Le jeu de démonstration EasyRisk (station de traitement des eaux potables) couvre trois systèmes — Pompage (aspiration/refoulement des eaux brutes), Traitement chimique (neutralisation, floculation, désinfection) et Stockage (eaux traitées et réactifs) — avec un tableau AMDEC de 5 lignes, cotation avant mesures :

#SystèmeComposantMode de défaillanceEffetsCauses GODIPR
1PompagePompe centrifuge P-101Perte de débit Insuffisance de traitement aval, Alarme débit bas Colmatage crépine aspiration, Usure de la roue G3 O3 D2 18Négligeable
2Moteur électrique M-101Arrêt intempestif Arrêt pompage, Coupure production eau traitée Surcharge thermique, Défaut alimentation électrique G4 O2 D1 8Négligeable
3Traitement chimiqueDoseur chlore D-201Surdosage chlore Non-conformité eau (THM), Risque irritation muqueuses Dérive capteur pH, Blocage clapet doseur en position ouverte G4 O2 D2 16Négligeable
4Agitateur A-201Arrêt agitateur (blocage arbre) Mauvaise homogénéisation, Zones mortes de chloration Corps étranger dans la cuve, Roulement défaillant G2 O2 D3 12Négligeable
5StockageVanne de vidange V-301Ouverture intempestive Vidange non contrôlée de la cuve 500 m³, Inondation zone aval Défaut actionneur pneumatique, Erreur de manœuvre opérateur G4 O1 D2 8Négligeable
Tableau AMDEC — jeu de démonstration EasyRisk Suite, station de traitement des eaux potables (avant mesures)

Le mode le plus critique de ce jeu de données est la ligne 1 (IPR 18) : Perte de débit sur la pompe centrifuge P-101. Les mesures correctrices retenues — nettoyage crépine mensuel (prévention, réduit l'occurrence) et mesure de débit hebdomadaire (protection, améliore la détectabilité) — ramènent la cotation à Gravité 3 · Occurrence 2 · Détectabilité 1, soit un IPR après mesures de 6.

Section à enrichir — captures d'écran EasyRisk Suite de la saisie de ce tableau et de la vue triée par IPR.

10Erreurs fréquentes

ErreurPourquoi ça pose problème
Confondre mode de défaillance et causeLe mode est ce qui tombe en panne (« fuite »), la cause est pourquoi (« joint usé ») — les inverser rend le tableau incohérent et les actions correctrices mal ciblées.
Sur-noter la détectabilité par optimismeUne détectabilité surestimée masque un vrai risque : un mode « peu détectable » doit rester coté comme tel tant qu'aucun dispositif de détection n'est réellement en place.
Oublier la recotation après mesuresSans IPR après mesures, impossible de vérifier que l'action corrective a réellement réduit la criticité — ni de justifier son efficacité dans un audit.
Se fier au seul IPR globalUne Gravité maximale combinée à une faible Occurrence peut donner un IPR modéré tout en restant catastrophique en cas d'occurrence — ne pas ignorer les lignes à Gravité élevée sous prétexte d'un IPR correct.

11Pour aller plus loin